«Nous créons un standard pour combler le fossé digital et donner à tous l’accès aux richesses technologiques»
03-11-2008
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| «Nous créons un standard pour combler le fossé digital et donner à tous l’accès aux richesses technologiques» |
MERCREDI 29 NOVEMBRE 2000 L’AGEFI Interview d’Alexander Ntoko de l’Union internationale des télécommunications, dans le cadre de Wiseworld2000 Lancée en 1998, l’initiative EC-DC de l’organisation vise à garantir à tous les pays l’accès aux nouvelles technologies de l’information. Pascal Vermot Le fossé entre pays riches et pays pauvres était au cœur de la deuxième journée de la manifestation Wiseworld2000, dont le but est de préparer l’avènement d’un réseau de commerce électronique véritablement mondial et entièrement sécurisé grâce au cryptage de données (voir l’agefi de lundi). Quelques chiffres suffisent à montrer que la tâche n’est pas de tout repos. Si, dans les pays développés, 90% des ménages possèdent au moins une ligne téléphonique, ils ne sont que 65% dans les pays en voie de développement. Et l’Inde, par exemple, ne compte à l’aube du 21ème siècle qu’une ligne téléphonique fixe pour 100 habitants… Lancée en mars 1998 par l’Union internationale des télécommunications (UIT), en partenariat avec la société Wisekey, l’initiative EC-DC (pour «Electronic Commerce for Developing Countries») vise à développer dans les pays pauvres à la fois les infrastructures de télécommunications, l’offre de main d’oeuvre qualifiée en nouvelles technologies et les partenariats entre l’UIT et les différents secteurs économiques. Alexander Ntoko, directeur de projet à l’Union internationale des télécommunications (UIT) et spécialiste du commerce électronique, explique la participation de l’organisation faîtière des télécoms au Wiseworld2000 et son rôle dans l’implémentation d’un réseau de commerce électronique mondial.Quel est votre rôlepar rapport au projetde Wiseworld2000?Notre but premier est d’assurer que tous les pays peuvent avoir accès aux technologies de l’information, tout particulièrement les pays en voie de développement. Depuis 1997, nous avons d’ailleurs mis en place un programme pour assister ces derniers à mettre à jour leurs infrastructures. Cela passe aussi bien par l’aide à l’engagement d’ingénieurs que la définition de stratégies pour les autorités politiques locales. En fait, nous cherchons à créer un environnement favorable où puisse s’implanter et se développer une véritable structure de commerce électronique mondiale, et qui englobe aussi bien les acteurs publics que privés.Concrètement quel est votre but?Notre cible, c’est la fracture numérique. Celle qui existe naturellement entre les pays riches et les pays pauvres, mais aussi entre les différents secteurs de l’économie. Nous avons donc pour ambition de créer un standard global pour l’ensemble des secteurs liés aux télécommunications, comme la téléphonie mobile, la télévision digitale ou les satellites, par exemple. Nos efforts dépassent donc le simple cadre d’internet pour concerner d’autres domaines, à l’instar des fréquences radios.Agissez-vous seuls?Non, nous nous appuyons sur plusieurs partenaires. Les World Trade Centers, tout d’abord, dont le réseau couvre plus de 100 pays et qui est très bien adapté au tissu économique local. Wisekey ensuite, qui est d’une importance particulière pour nous puisque cette société crée, sous l’égide de l’UIT, le cadre indispensable pour la création de plates-formes électroniques sécurisées.Le problème de l’infrastructure est donc lié à celui de la sécurité des réseaux et des transactions?Absolument. Les deux aspects sont inséparables et soulèvent la même question, celle de la technologie. Car la sécurité est le problème numéro un dans le développement du e-commerce.L’UIT a opté pour les infrastructures à clés publiques selon la norme UIT X.509, dont la base est le cryptage des données. C’est la seule technologie à l’heure actuelle qui permette l’authentification des parties contractantes puis l’intégrité, la confidentialité et la non-répudiation des données. Un problème important, ne serait-ce que pour le seul domaine des cartes de crédit, où les fraudes sur internet sont nombreuses. «A l’aube du 21e siècle, l’Inde ne compte encore qu’une ligne téléphonique pour 100 habitants. » On pourrait donc prétendre qu’il serait plus logique de s’occuper en premier lieu des pays riches, puisque les enjeux financiers sont plus importants. Cela serait une erreur. On ne peut pas faire du marchandage entre pays développés et ceux en voie de développement. Pour asseoir un commerce électronique véritablement mondial, il faut que tout le monde jouisse des mêmes garanties en matière d’accès à l’information et aux transactions. Ce dernier point est très important pour les pays pauvres, puisqu’ils ont justement besoin d’internet et du commerce électronique pour atteindre des marchés qui leur sont pour l’instant inaccessibles. Et pour développer les infrastructures, il faut convaincre les autorités et les acteurs privés d’investir dans ce domaine. Ce qui n’est possible que si tout le monde est certain de bénéficier d’un niveau de sécurité absolu pour les données électroniques.C’est la quadrature du cercle…Toutefois, l’instauration de standards ne permet pas de lutter contre la fracture numérique entre pays riches et pauvres…C’est juste. Il faut donc baisser les coûts d’accès à la technologie, car les pays pauvres ne disposent pas du «venture capital» suffisant pour financer les investissements, à la différence des pays développés. Nous y oeuvrons par deux moyens. Tout d’abord en nous appuyant sur l’infrastructure de Wisekey et en la diffusant le plus largement possible. Puis en essayant d’attirer le maximum de participants possible. Car seules les économies d’échelle permettent de réduire les coûts d’entrée.Le commerce électronique se développe-t-il selon vos projections?Il est difficile d’articuler des chiffres précis, étant donné qu’il n’est pas possible d’agréger les transactions réalisées. Les gens ne disent pas ce qu’ils dépensent. Toutefois, au vu de ce qui peut être observé ces derniers mois dans les pays développés comme dans ceux en voie de développement, nous pouvons dire que l’e-commerce se développe au-delà de nos attentes. Votre projet n’est-il pas un travail de titan?C’est un plan de longue haleine, c’est sûr. Cependant nous avons un point fort qui joue pleinement pour nous: le fait que l’UIT regroupe parmi ses membres à la fois les administrations de 189 pays et les grands acteurs privés des secteurs des télécoms et des réseaux. Il existe donc déjà une plate-forme globale dans laquelle intégrer les autres acteurs. Et qui nous permettra de créer une réelle société de l’information