Messieurs les Chefs d'Etat et de gouvernement,
Messieurs les Secrétaires généraux,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Je vous souhaite la bienvenue ici à Genève, au salon Telecom World. Que toutes les personnes qui ont contribué à la réussite de cet événement - je pense en particulier à l'UIT - soient chaleureusement remerciées.
Au fil des ans, Telecom World est devenu un salon où l'on discute non seulement
- du développement des technologies de la communication, mais aussi
- de la manière dont elles sont utilisées.
La devise "open networks - open minds" l'exprime clairement:
nous voulons parler aussi bien de la forme que du contenu. Nous voulons être libres d'utiliser les technologies selon nos besoins et de communiquer comme nous l'entendons.
La communication, source d'unité
La communication nous permet de créer un monde commun à tous.
Mais nous ne voyons pas notre monde de la même façon. Selon nos diverses cultures, langues ou religions nous avons des avis très divers concernant les problèmes et les solutions de notre monde. On le constate déjà dans les petits détails :
Nous les Suisses, nous nous plaisons à montrer toujours la même face du Mont Cervin (Matterhorn), dont l'aspect espiègle a conquis le monde entier. Mais le Cervin comporte aussi une face sombre, ingrate et dangereuse. Chaque année, des alpinistes y laissent leur vie. Notre image du Cervin ne peut être complète que si nous considérons cette montagne sous toutes ses faces.
Tout est donc une question de points de vue.
Plusieurs éclairages sont nécessaires pour faire apparaître la vérité. Une image commune du monde met en évidence les problèmes qui nous menacent et que nous devons résoudre. Ensemble.
La participation de tous, condition d'une véritable communication
Une telle entente n'est possible que si toutes les opinions sont exprimées et que chacun a voix au chapitre.
La communication dépend surtout des infrastructures à disposition. En tant que ministre des infrastructures j'en suis conscient : Les canaux de communication sont au moins aussi importants que l'énergie, les transports sur la route, le rail ou aériens. La pauvreté, les atteintes à l'environnement ou la migration sont des problèmes qui affectent la planète entière; leur résolution nécessite l'utilisation de canaux de communication à l'échelle mondiale.
Les nouvelles technologies ouvrent des voies de communication novatrices dont profitent avant tout celles et ceux qui, récemment encore, n'avaient aucun accès aux télécommunications.
Il est réjouissant de constater que la téléphonie mobile se développe rapidement dans les pays pauvres. Le fossé numérique reste toutefois bien présent, malgré tous les efforts consentis pour le combler. Dans les pays en développement, moins de 20% de la population disposent d'un raccordement fixe. Moins de 1% des Africains possèdent un raccordement à large bande, donc un accès à l'internet 2.0.
Liberté de s'exprimer
Nous ne devons pas tolérer une société de l'information à deux vitesses. La devise "open networks - open minds" implique également que chacun ait le droit de communiquer librement au moyen des divers réseaux disponibles. Le jour où cet objectif sera atteint, alors nous pourrons dire que les nouvelles technologies contribuent à la démocratisation mondiale que nous appelons de nos voeux. La contradiction et le désaccord sont les ferments de la démocratie.
La démocratie se nourrit de la rencontre avec la nouveauté et l'inhabituel, de même qu'avec des modes de pensée différents. En tant que ministre de l'environnement, l'écologie m'apprend de même que l'évolution des systèmes vivants repose sur la diversité biologique. Et je tire mes conclusions en tant que ministre de la communication.
Nous devons protéger la liberté de communication comme nous protégeons l'environnement. Il faut bien sûr combattre les abus et les comportements criminels sur l'internet. Mais la lutte contre la cybercriminalité ne doit pas devenir un prétexte pour surveiller inutilement les citoyens et entraver le développement d'une société de l'information mondiale libre et démocratique.
Diversité des langues - diversité des cultures
La devise "Open networks - open minds" signifie aussi que les êtres humains doivent pouvoir communiquer dans leur propre langue. De nombreux contenus et applications ne demeurent accessibles qu'aux personnes qui maîtrisent l'anglais. Il existe plus de 6000 idiomes au monde, mais plus de la moitié des sites internet sont rédigés en anglais. Si certaines langues comme le chinois connaissent un développement fulgurant, la part dévolue notamment aux contenus en langues africaines demeure infime.
Plus encore qu'un instrument de communication, la langue est l'expression d'une culture. Lorsqu'une langue est rejetée en marge des nouvelles technologies, une culture entière est mise de côté.
C'est dans cet esprit que je vous souhaite un excellent salon Telecom World 2009. Nous nous retrouverons tous en 2011 à Genève, pour le 40e anniversaire de la manifestation. L'occasion de confirmer que la communication est bel et bien source d'unité.